La Reynerie : un marché entre illégalité et utilité

Sur le marché illégal de la Reynerie, les marchandises sont vendues à des prix défiant toute concurrence. Si certains lui reprochent la faillite des commerçants du quartier, son utilité sociale est indéniable.

Mathida Diaby & Emilie Roussey ⎮ 11/12/2020⎮ Temps de lecture : 4 minutes

Des chargeurs de téléphone, des chaussures usées ou des grille-pains de deuxième, troisième ou quatrième main sont exposés à même le sol. On y trouve aussi des oranges, des bouteilles de shampoing, des sachets de menthe… Ce grand bazar à ciel ouvert, c’est le marché illégal de la Reynerie, sur la place Abbal. Il s’aperçoit depuis la sortie de métro. En bas des immeubles, ils sont des vingtaines à vendre tous les jours ces marchandises pour trois fois rien. Patrick* habite le quartier depuis longtemps. Il confirme qu’on y trouve de tout. 

 

Tout se trouve sur le marché de la Reynerie. (Crédits : Emilie Roussey)

Pour certains vendeurs, c’est une question de survie. “Les fripes et les babioles, se sont de pauvres roumains ou des syriens qui les vendent” explique Patrick. “Ils ramassent ce qu’ils trouvent aux quatre coins de Toulouse, le transportent dans des caddies”. Mais ça n’est pas seulement un marché aux puces. On y trouve aussi des fruits de saison, des légumes et parfois même, de la viande et du poisson, comme sur un marché traditionnel.

“Aucun commerce ne pourra tenir”

Sauf qu’aucun de ces primeurs n’est autorisé à vendre ici. Certains sont des revendeurs de fruits et légumes acheminés illégalement d’Espagne dans de grands camions. Mais beaucoup payent un emplacement sur d’autres marchés toulousains et profitent de la Reynerie pour liquider “leurs invendus au black, à des prix très bas”, selon Patrick. Par exemple, le kilo de clémentine est à 1,60 euros et celui de pommes à 1,20 euros contre environ 3 euros sur les autres marchés.

 

Les marchandises sont vendues à des prix imbattables. (Crédits : Emilie Roussey)

Face à ces prix défiant toute concurrence, les commerçants légaux du quartier perdent du chiffre d’affaires. Beaucoup ont fait faillite. “Avant il y avait trois bouchers et deux marchands de légumes qui marchaient très bien”, se souvient Patrick. Tous ont mis la clef sous la porte. Depuis 2008, la municipalité veut réhabiliter le quartier et a lancé un Grand Projet de Ville (GPV). Il prévoit la construction d’un centre commercial. Mais pour Patrick, une chose est sûre, face au marché illégal, “aucun nouveau commerce ne pourra tenir”.

Illégal mais indispensable

Le marché illégal est très organisé”, explique-t-il. Dès que la police arrive, les vendeurs sont aussitôt avertis par les “choufs”, c’est-à -dire les guetteurs. Ils remballent tout dans les camions avant que la marchandise puisse être saisie. “C’est le jeu du chat et de la souris” ironise Patrick. Les autorités semblent hésiter à enrayer définitivement ce marché.

Si elle le voulait, la ville de Toulouse pourrait frapper très fort”. Mais elle ne le fait pas. Peut-être parce que ce marché que les commerçants décrient a une vraie utilité sociale. Il permet de manger à des gens dans des situations très précaires. “Ceux qui s’y ravitaillent, ce sont les besogneux et les tâcherons, des travailleurs illégaux ou des sans papiers qu’on exploite pour presque rien” déplore Patrick. Ce marché, c’est le gage de survie de nombreux habitants du quartier et de ses alentours.

*prénom modifié

 

Mathida Diaby et Emilie Roussey