#PourEux : le mouvement citoyen solidaire

Le confinement a vu naître plusieurs mouvements de solidarité citoyen envers les SDF. Entre mobilisation aux fourneaux et pédalage dans Toulouse, ils sont nombreux à s’être engagés pour apporter un peu de soutien. Des initiatives citoyennes mais également des associations se sont créées au lendemain du confinement à l’image des “Piafs de la rue”.

Aeimen Benallouche & Julien Dubois ⎮ 11/12/2020⎮ Lecture 6 min.

Depuis le 20 mars dernier, le mouvement #PourEux, vient en aide aux sans-abris. Une initiative citoyenne lancée à Lyon et qui s’est répandue dans toute la France. Le but ? Préparer et livrer des repas aux personnes qui sont à la rue. Donner à manger du “fait-maison” aux SDF , mais aussi des produits d’hygiène, pour lutter contre la précarité, qui a pu s’accentuer avec la crise sanitaire.

14 000 repas servis à Toulouse

Malgré l’existence d’associations caritatives comme les Restos du Coeur ou le Secours Populaire, et de maraudes, l’initiative #PourEux  a eu du succès. Car la demande est toujours aussi prégnante. Selon les derniers chiffres de la fondation Abbé Pierre, ce sont 300 000 personnes qui vivent dans la rue dans l’Hexagone. Une donnée qui fait réagir et en appel à la solidarité. C’est en partie ce qui explique l’engagement de Clément dans le mouvement à Toulouse, lui qui a aussi connu l’expérience de vivre à la rue. “C’est une façon d’être utile pendant le confinement. Notre première démarche c’est de nourrir les personnes à la rue”, précise-t’il .

Avec d’autres membres, Clément gère la communauté à Toulouse, qui s’organise via les réseaux sociaux. Notamment sur Facebook où les propositions de plats, vêtements chauds prêts à être livrés aux SDF fleurissent chaque jour sur la page #PourEux Toulouse.

Les citoyens publient des photos de leurs plats vant livraison

Les citoyens publient des photos de leurs plats avant livraison (Crédit : #PourEuxToulouse / Facebook).

“Clément est modérateur de cette page et coordonne les personnes qui cuisinent et les livreurs à vélo, qui se sont baptisés les “mollets cassoulets”. Cet engagement né pendant la crise sanitaire ne veut pas se limiter aux confinements, car la précarité est bien présente toute l’année.

“Notre action est amenée à durer. Le problème que l’on combat est celui de la malnutrition des personnes à la rue qui ne mangent pas toujours hyper sain” précise le Toulousain de 33 ans. Parmi les plats réalisés par les cuisiniers, on trouve des menus simples comme des salades composées ou des “pâtes carbo” et des plats plus élaborés comme une “croziflette”, mélange de crozets au sarrasin et de reblochon. Que les plats soient chauds ou froids, ils donnent du plaisir aux sans-abris.

Les sans-abris: “pas seulement des personnes dans le besoin”

Cet élan de générosité citoyen fonctionne depuis le printemps et tourne encore en ce mois de décembre 2020. En tout, ce sont plus de 14 000 repas qui ont été offerts aux sans-abris toulousains depuis la création du mouvement.

Tableau récaptilatif pour eux toulouse

Le collectif #PourEux de Toulouse dénombre les bonnes actions depuis la création du mouvement. (Crédit: Facebook #PourEuxToulouse).

Avec une baisse d’activité entre les deux confinements, la dynamique ne s’est pas arrêtée pour autant. Malgré une plus faible disponibilité, l’initiative, qui se revendique en dehors de toutes revendications politiques, peut compter sur un roulement important de bénévoles. Qu’ils soient livreurs, cuisiniers ou coordinateurs afin de continuer à nourrir les personnes sans logement.

Cette expérience citoyenne entraîne un changement de perception entre les sans-abris et les personnes vivant sous un toit. Pour atténuer l’isolement, le sentiment d’exclusion et la précarité qui s’abat sur les personnes à la rue. Antoine, SDF à Toulouse, se félicite de voir des jeunes s’investir : “C’est très rare, dans beaucoup d’associations la moyenne d’âge des bénévoles est bien plus élevée”.

Aux fourneaux, Alexandra s’investit pour préparer des plats depuis le premier confinement. Elle voit dans l’engagement une occasion de bonheur et de partage réciproque entre SDF et personnes investies. “Ça permet aux sans-abris de se sentir comme des individus et pas juste comme des personnes dans le besoin”. Les motifs de satisfaction des personnes à la rue ne peuvent que l’inciter à continuer à donner un coup de main. Reste à savoir si ce mouvement s’inscrira durablement dans le temps, une fois la crise sanitaire terminée. Pour eux… qui auront toujours besoin de nous.

Aeimen Benallouche & et Julien Dubois