Le “parkour” d’une Yamakasi à Toulouse avec Lilou Ruel

À 17 ans, Lilou Ruel est une figure montante du parkour et du freerunning en France. La Toulousaine défie les lois de la physique, et redessine notre rapport à l’espace public. Portrait d’un phénomène.

Andoni Ospital & Julien Dubois ⎮ 11/12/2020⎮ Lecture : 3 min.

Lilou Ruel. Ce nom ne vous dit peut-être rien. Pourtant, ils sont plusieurs centaines de milliers sur les réseaux sociaux, d’Instagram à Youtube, à contempler ses odyssées urbaines. Véritables machines à buzz, les petits clips qu’elle égraine sur le net ont déjà récolté 3,7 millions de « likes » sur le réseau social, TikTok.

Des chiffres qui donnent le tournis, mais pas autant que ses vidéos. Crinière attachée, jean slim bien accroché, l’adolescente de Plaisance-du-Touch (Haute-Garonne) enchaîne les figures et autres saltos tous plus périlleux les uns que les autres à une vitesse renversante. Où ça, me direz-vous ? Partout. Sur un tapis, une botte de paille, contre une palette ou le bitume de Compans-Caffarelli. Encore élève au lycée de Tournefeuille, la free-runneuse est passée maîtresse dans « l’art du déplacement », plus communément appelé « parkour ».

Du haut de ses 17 ans, Lilou Ruel façonne un corps d’athlète. (Crédits : Instagram/@lilouruel)

Une discipline physique consistant à se déplacer à travers le mobilier urbain avec rapidité et parfois acrobaties. Le parkour est le fruit de l’inventivité de quelques jeunes habitants des banlieues françaises et leurs grands ensembles de béton. Aujourd’hui, ils sont près de 2.500 “traceurs” à arpenter les rues de l’Hexagone.

La ville ? “Une aire de jeux”

Un sport relié directement avec l’espace public. « Pour moi, la ville, c’est une aire de jeu » approuve Lilou Ruel, avec le sourire. Nommé « freerunning » par nos voisins anglo-saxons, c’est une forme innovante d’utilisation de l’espace public. « Avec seulement un banc ou une palette, on peut réaliser des centaines de mouvements », expose-t-elle.

Une multitude de possibilités qui a changé sa façon de voir la ville et les équipements urbains, lui procurant une nouvelle manière d’appréhender la capitale occitane, notamment. « Si je vois un espace avec un banc, un autre banc puis un mur : dans ma tête, je pense directement à telle ou telle figure que je pourrais réaliser ! », se projette-t-elle, sept ans après ses débuts. « C’est vrai que depuis que je fais du parkour, je n’ai plus du tout la même vision. »

Cette conception originale s’applique également dans son rapport aux objets du quotidien, habituellement relégués à un usage fonctionnel : « À Toulouse, il y a certains spots (lieux de pratique privilégiés, ndlr) comme à Jolimont ou Compans, où l’on s’entraîne depuis des années sans jamais s’en lasser. On adore ces endroits, on y tient sincèrement. »

“L’impression d’avoir des pouvoirs, de voler”

Une forme de romance qui n’est pas sans faire de jaloux. « Quand on s’entraîne sur n’importe quel spot en ville, les gens ont l’impression qu’on dégrade l’endroit. Parce qu’on saute sur des murs, ils croient qu’on abîme les lieux », déplore Lilou Ruel. « Je pense que la plupart des gens, quand on leur dit “yamakasi”, ils pensent qu’on est des fous qui dégradent l’espace public ». Une folie qui en vaut cependant la peine pour la traçeuse. « C’est l’un des sports qui procure le plus de sensations, c’est certain. Des fois, cela donne un peu l’impression d’avoir des pouvoirs, de voler », s’exclame-t-elle.

 

Pour l’adolescente, « la ville est une aire de jeux ». (Crédits : Instagram/@lilouruel)

À son grand dam, les ailes de Lilou Ruel ont brusquement été coupées par les confinements, mais pas seulement. Un envol aussi freiné par quelques chutes douloureuses. « Mon talon me fait souffrir de temps à autre. Mais le pire reste cette grosse entorse de la cheville, il y a deux ans. La convalescence a été longue, c’était un moment difficile. » C’est d’ailleurs, peut-être la seule fois pour la native de Normandie, dont la timidité n’a d’égal que le talent, que ses chevilles ont gonflées.

Après Toulouse, direction le Nord

Face à son destin, comme devant le vide, Lilou Ruel garde la tête sur les épaules. Pour réaliser des figures, les différents enchaînements et progresser, elle s’entraîne quasi quotidiennement : pour assimiler le travail, surmonter ses peurs. L’adolescente devra surmonter les blocages mentaux quand elle aura endossé le costume de cascadeuse professionnelle. Car, une fois son bac en poche, Lilou Ruel quittera Toulouse pour de nouveaux horizons.

Direction le département du Nord et « la meilleure école de cascade d’Europe » afin d’embrasser pleinement un projet professionnel, déjà tout tracé. « J’ai déjà appelé pas mal de cascadeuses là-bas. Elles m’ont dit qu’avec mon âge, le fait que je sois une fille et le niveau que j’ai, je trouverai directement des gros projets après mon bac ! », se réjouit le phénomène. « C’est vraiment ce que je veux faire de ma vie. Après, qu’est-ce que je ferai à 45 ans ? Pour l’instant, je n’y pense pas. On verra bien ! ». Si vous ne l’aviez pas encore compris, Lilou Ruel a depuis longtemps trouvé l’amour : celui du risque.

 

En couverture, Lilou Ruel réalisant une acrobatie près de la cathédrale Saint-Etienne, à Toulouse. (Crédits : Instagram/@lilouruel)

Andoni Ospital et Julien Dubois